Traversée des Alpes à vélo : 5 jours, 14 cols, de Thonon-les-Bains à Nice
Relier Thonon-les-Bains à Nice à vélo, c’est suivre dans les grandes lignes la Route des Grandes Alpes, l’un des itinéraires cyclistes les plus complets d’Europe : environ 700 km et une quinzaine de cols entre le lac Léman et la Méditerranée. Nous avons choisi de le boucler en 5 jours en mettant de côté le col de Feu et de Joux Plane le premier jour, ce qui impose néanmoins des étapes solides entre 99 et 162 km par jour, avec des dénivelés qui montent régulièrement au-dessus de 3000 m.
Le départ s’est fait en train depuis Annecy jusqu’à Thonon-les-Bains, pour prendre la route dès la sortie de gare.
Table of Contents
Jour 1 — Thonon-les-Bains → Arêches : 150 km, 3760 m D+
Le plan initial visait Beaufort. Mais entre le démarrage tardif après le train et les hôtels complets à l’arrivée, il a fallu pousser jusqu’à Arêches, ajoutant au passage 250 m de dénivelé bien sentis dans les dernières bornes de la journée.
Col de la Colombière (versant Nord-Est depuis Scionzier : 17,3 km, 1127m D+, sommet à 1613 m) ouvre le bal. C’est lui qui restera le souvenir le plus dur de la semaine : en plein soleil du début à la fin, sans une once d’ombre, avec un final qui se raidit sérieusement sur les deux derniers kilomètre.
Direction ensuite le Col des Aravis (depuis le carrefour de Saint-Jean-de-Sixt : 10,3 km, 527 m D+, sommet à 1486 m), avec un arrêt stratégique juste avant l’ascension au supermarché : en pleine Savoie, les fontaines étaient à sec, il a fallu faire le plein de bouteilles avant d’attaquer.
Le Col des Saisies (versant Flumet : 14,6 km, 788 m D+, sommet à 1657 m) referme la série de cols du jour, avec une descente particulièrement agréable et roulante. Mais l’étape ne s’arrête pas au col : il reste encore la remontée finale vers Arêches, avec ces 250 m de D+ additionnels qui tombent au pire moment, jambes vidées après 150 bornes.
Où dormir : Le Christiania, à Arêches (autres options repérées sur place : hôtel du Grand Mont, Maison d’Oron, Hôtel la Roche).
Côté ravitaillement, la Boulangerie Pâtisserie Pouilloux à Beaufort pour le lendemain matin est un must. Il y a également de quoi se ravitailler à Saint-Jean-de-Sixt.
Jour 2 — Arêches → Modane : 150 km, 3500 m D+
Deux cols seulement au programme, mais deux ascensions conséquentes, plus par leur longueur, l’Iseran en particulier, que par leur raideur.
Le Cormet de Roselend (versant Beaufort : 20,3 km, 1230 m D+, sommet à 1968 m) commence classiquement, avant que le col de Méraillet ne dévoile le lac de Roselend, l’un des plus beaux passages de la traversée. La descente change de visage en cours de route : sublime dans un premier temps, puis plus technique dans les arbres jusqu’à Bourg-Saint-Maurice, avec une route trouée et des épingles plus serrées qu’il ne faut pas prendre à la légère.
Passage obligé ensuite par Séez, où la Boulangerie 3G mérite clairement l’arrêt. Puis démarre la longue, très longue ascension du Col de l’Iseran (versant Bourg-Saint-Maurice, en passant par Val d’Isère : 47,5 km, environ 2034 m D+ cumulés, sommet à 2770 m). Le seul vrai répit sur ce versant : la traversée de Val d’Isère, avec un nouvel arrêt boulangerie chez Maison Chevallot. Depuis là, il reste encore 16 km et 929 m de D+ jusqu’au sommet, plus haut col routier de France. Ensuite, longue descente magnifique vers Modane, coupée par un plat qui n’a rien de reposant en fin de journée.
Où dormir : Hôtel le Commerce, Modane.
Boulangeries à ne pas manquer : Boulangerie 3G (Séez) et Maison Chevallot (Val d’Isère).
Jour 3 — Modane → Cervières : 99 km, 2640 m D+
Trois cols, et l’un des plus beaux enchaînements du voyage.
Le Col du Télégraphe (versant Saint-Michel-de-Maurienne : 11,8 km, 851 m D+, sommet à 1566 m) fait office de mise en jambes sérieuse, mais gérable. Halte gourmande à Valloire, au Fournil des Bergers – Boulangerie Folliet, avant d’attaquer le morceau de résistance.
Le Col du Galibier (depuis Valloire : 18,2 km, 1237 m D+, sommet à 2642 m) restera l’un des plus beaux cols de toute la traversée. Ravitaillement en eau, et petit Coca réparateur, à l’auberge de Plan Lachat. Coup de chance ce jour-là : le col était fermé à la circulation motorisée de 9h à 12h, les cols réservés aux cyclistes changent chaque jour l’été en France, ça vaut le coup de vérifier le calendrier avant de partir.
Direction ensuite le Col d’Izoard, mais la météo en a décidé autrement : nuages noirs, menace d’orage. Nous avons stoppé à Cervières, dans la première partie du versant nord (versant Briançon : environ 9,5 km, 400 m D+ jusqu’à Cervières, à 1610 m), à la dernière auberge avant le refuge Napoléon. Il restait encore 600 m de dénivelé pour atteindre le sommet et rejoindre Guillestre, l’arrivée initiale du jour, ce sera pour le lendemain matin.
Où dormir : Auberge l’Arpelin, Cervières, presque complet ce soir-là, mais une dernière chambre était libre. Arrêt initial Guillestre – hôtel le Catinat Fleuri, ou d’autres options sur booking, regarder les gîtes/chambres d’hôtes parfois une très bonne option pour économiser tout en gardant du confort.
Boulangerie : Le Fournil des Bergers – Boulangerie Folliet, à Valloire.
Jour 4 — Cervières → Saint-Étienne-de-Tinée : 129 km, 3410 m D+
Lever de soleil sur Cervières, l’un des plus beaux souvenirs du voyage. La fin de l’Izoard (Cervières → sommet : environ 9,7 km, 750 m D+, sommet à 2360 m) confirme sa réputation : un des plus beaux cols de la traversée.
Descente fraîche jusqu’à Guillestre, avec un détour obligé par la Boulangerie Artisanale, la brioche tressée achetée là-bas m’a suivi (et nourri) pendant trois jours de sacoche.
Puis longue portion en faux plat descendant dans des gorges magnifiques, peu de circulation le matin, avant d’attaquer le Col de Vars (versant Guillestre : 19,4 km, 1111 m D+, sommet à 2108 m). Descente ensuite jusqu’au pied de la Bonette, le morceau le plus sérieux de la journée.
Le Col de la Bonette, jusqu’à la Cime (versant Jausiers : 24 km, 1589 m D+, sommet à 2802 m), s’est joué à la fenêtre météo : un nuage menaçant planait au sommet, mais la météo annonçait une accalmie suffisante pour tenter l’ascension. C’est, de fait, la plus haute route asphaltée d’Europe reliant deux vallées, un titre parfois disputé par d’autres routes d’altitude sans issue (comme le Pico Veleta en Espagne), mais la Bonette reste la référence pour ce type de itinéraire inter-vallées. Descente magnifique malgré le froid et les nuages jusqu’à Saint-Étienne-de-Tinée, joli village où une réservation de dernière minute sur Booking a sauvé la soirée. Pour se rapprocher du départ du col de St Martin, il est également possible de pousser jusqu’à Isola ou Saint-Sauveur-sur-Tinée, mais les hébergements se font plus rares en dernière minute.
Jour 5 — Saint-Étienne-de-Tinée → Nice : 162 km, 3140 m D+
La plus longue étape, et la plus chargée en cols.
30 km d’échauffement à la fraîche pour rejoindre le pied du col de Saint-Martin / La Colmiane (versant Vallée de Tinée : 16,5 km, 1023 m D+, sommet à 1502 m), avec un arrêt gourmand à Saint-Martin-Vésubie pendant la descente, à la boulangerie La Petite Suisse, la tarte aux myrtilles restera dans les mémoires.
Bien réalimentés, direction le Col de Turini (versant vallée de la Vésubie : 15,2 km, 1104 m D+, sommet à 1604 m), celui-là même que le Rallye Monte-Carlo emprunte chaque année. La descente qui suit, dans des paysages qui n’ont rien à envier à Avatar, restera l’une des plus belles de tout le voyage.
Halte à Sospel pour manger et refaire les bidons, avant d’enchaîner Col de Castillon (versant Sospel : 7 km, 366 m D+, sommet à 706 m) puis Col d’Èze (versant Menton : 16,7 km, 541 m D+, sommet à 500 m). Juste après Castillon, la mer apparaît enfin à l’horizon. Le col d’Èze, dernier de la série, est aussi le moins agréable : circulation dense, mais c’est le dernier, et on sent l’arrivée approcher.
L’arrivée à Nice, après cinq jours et 14 cols, procure une émotion difficile à mettre en mots.
Une traversée que je recommande fortement à faire une fois dans sa vie.
L'équipement que j'ai choisi
Mon vélo :
- Cadre – 785 Huez RS Look
- Pédalier – SRAM Red AXS 50/37T
- Cassette – SRAM X1290 10-36T
- Roues – SES 4.5 Enve
- Pneus – Blackbird Allseason Hutchinson 30mm
- Pédales – Kéo Blade Ceramic Vision Look
- Selle – Vento argo r3 adaptive Fizik mais je recommande également la Vento Argo R1 Light
- Portes bidons – Twist Bottle 750M x 2 Fidlock
- Un deuxième kit de vélo (rechange complet)
- Serviette de bain microfibre
- Maillot de bain
- Claquettes
- Short et t-shirt (tenue du soir)
- Trousse de toilette + quelques médicaments d’urgence
- Boissons énergétiques pour tout le voyage
- Rab de barres et gels
- Manches longues en mérinos
- Veste de pluie
Sacoche de cadre Ortlieb, 3L (Frame-pack toptube)
- Chargeurs (téléphone + transmission électronique du vélo)
- Batterie externe
- Crème solaire
- Crème anti-friction (indispensable sur 5 jours d’affilée)
- Multitool
- Pompe
- Chambre à air
- Mèches
- Porte-monnaie
- Barres et gels
Ce que j’aurais voulu avoir : des gants pour protéger les mains en descente. Une paire de jambières et de manchettes n’aurait pas non plus été de trop, malgré la canicule, les orages en altitude sont plus fréquents qu’on ne le pense.
Où dormir : comment on a choisi
- Réserver à l’avance vs à l’improviste : Réserver au fur et à mesure permet de rester flexible sur le rythme, mais expose au risque de trouver porte close en pleine saison, comme à Beaufort, où il a fallu pousser jusqu’à Arêches faute de chambre. Un compromis efficace consiste à réserver la veille pour le lendemain, une fois l’étape du jour presque bouclée et l’heure d’arrivée estimée. Nous avons réaliser la traversée du 27 juin au 2 juillet.
- Dormir juste avant un col plutôt qu’après : Passer la nuit au pied d’un gros col permet de l’attaquer à froid, avec des jambes fraîches et souvent une météo plus clémente le matin. Mais « au pied » ne veut pas forcément dire « au pied immédiat » : dormir 20-30 km avant, si le terrain est plat ou légèrement descendant, permet de s’échauffer tranquillement en roulant avant d’attaquer la pente, plutôt que de démarrer à froid directement dans le col. C’est aussi une façon de couper une étape autrement trop longue en deux parties plus digestes, sans perdre en rythme sur le programme global.
- Prévoir un plan B systématique en haute saison : En juillet-août, les petits villages alpins tournent vite à guichets fermés, surtout un week-end ou pendant un événement local. Repérer à l’avance deux ou trois options de repli dans un rayon de 10-15 km évite le stress de la chambre introuvable en fin de journée.
Se ravitailler en altitude
- Les boulangeries comme points de passage stratégiques : Sur cette traversée, les boulangeries de village ont fait office de vrais points de ravitaillement, souvent plus fiables qu’un supermarché en pleine montagne. Ça vaut le coup de repérer à l’avance celles qui se trouvent sur le trajet, pile avant une grosse ascension.
- Fontaines : ne pas compter dessus partout. En Savoie notamment, plusieurs fontaines étaient fermées ou coupées, ce qui a obligé à faire le plein d’eau en avance, avant d’entrer dans les zones isolées. La règle qu’on a adoptée : remplir les bidons dès qu’un point d’eau fiable se présente, sans attendre d’être à sec.
- Quoi emporter en autonomie entre deux villages : Entre deux ravitaillements, mieux vaut avoir toujours une réserve de barres, pâtisseries ou sandwich pour éviter la fringale en pleine ascension, en particulier sur les cols de plus de 15 km. Niveau eau, comptez large en été sur les longues montées type Iseran ou Bonette, où il peut ne pas y avoir de point d’eau pendant plus d’une heure de montée.
Logistique générale du voyage
- Comment on a découpé les étapes : Le choix de 5 jours imposait des étapes soutenues, entre 99 et 162 km avec un dénivelé quotidien dépassant souvent 3000 m. C’est un rythme qui demande une bonne condition physique, mais qui permet de boucler la traversée sur une semaine de congés sans trop la rallonger.
- Le train pour rejoindre le point de départ : Depuis Annecy jusqu’à Thonon-les-Bains en train a permis de démarrer directement à vélo dès la sortie de gare, sans logistique de voiture à gérer. C’est une option simple pour ce type d’itinéraire linéaire, qui évite d’avoir à revenir chercher un véhicule à l’autre bout du parcours.
- Le retour depuis Nice : Le retour s’est fait en train le lendemain de l’arrivée, ce qui a laissé une soirée pour souffler et fêter la fin du voyage sur place.
La météo
- Comment on a suivi la météo au jour le jour : nous avons utilisé météociel.com pour nous informer des prévisions. Nous avons également demandé aux locaux.
- Les décisions prises à l’Izoard et à la Bonette : Sur ces deux cols, la même logique a prévalu : surveiller les nuages et la fenêtre météo plutôt que de foncer tête baissée. Ça s’est traduit une fois par un arrêt anticipé à Cervières, et une autre par un départ calculé pour profiter d’une accalmie avant l’orage sur la Bonette.
- Meilleure période pour tenter cette traversée : Les grands cols au-dessus de 2000 m, comme l’Iseran ou la Bonette, ne sont généralement ouverts qu’entre juin et octobre selon l’enneigement. Viser juillet-août maximise les chances de trouver toutes les routes dégagées, au prix d’une fréquentation plus dense sur les axes touristiques.
- S’équiper pour l’écart de température vallée/sommet : Avec plus de 2000 m de dénivelé sur certaines journées, l’écart de température entre le fond de vallée et le sommet peut dépasser 15°C, sans compter le vent en altitude. Une veste de pluie légère et des manchettes dans la sacoche suffisent en général à passer les sommets sans grelotter dans la descente.
Budget / durée / niveau requis
- Niveau physique nécessaire : Ce type de traversée demande d’avoir déjà fait de longues sorties et de bien se connaître, surtout en période de forte chaleur, savoir gérer son effort et son hydratation compte autant que les jambes. Il faut aussi avoir l’habitude de rouler avec de la circulation et savoir descendre proprement, car certaines descentes de col peuvent être raides et techniques. L’avantage, c’est que l’effort s’étale sur toute la journée : on reste globalement en zone 2, ce qui n’entame pas trop les muscles à condition d’éviter les relances inutiles. Le poids des sacoches joue en revanche sur le rythme, et les genoux peuvent devenir douloureux en fin de journée à force de répétition sous cette charge.
- Fourchette de budget hébergement + repas : En partageant à deux, comptez environ 100€ pour l’hébergement de la nuit. Côté nourriture, les petits stops en cours de route reviennent généralement à 10-15€ par personne, et le dîner du soir autour de 25€ par personne.
- Meilleure fenêtre de dates dans l’été : Juillet reste un bon compromis entre cols ouverts, journées longues et affluence encore raisonnable, avant le pic d’août sur les axes comme la Route des Grandes Alpes. Nous commencions tous les matins entre 5h30 et 6h00 pour optimiser la fenêtre de fraîcheur dans la matinée.
- Budget train depuis Annecy et retour depuis Nice en TER :
- Annecy → Thonon-les-Bains : environ 13€
- Nice → Annecy : environ 115€
- Annecy → Thonon-les-Bains : environ 13€
En Bref
| Itinéraire | Thonon-les-Bains → Nice |
| Durée | 5 jours |
| Distance totale | ~690 km |
| Dénivelé positif cumulé | ~16 450 m |
| Nombre de cols | 14 |
| Étape la plus longue | Jour 5, 162 km / 3100 m D+ |
| Étape la plus courte | Jour 3, 99 km / 2600 m D+ |
| Point culminant | Cime de la Bonette, 2802 m |
| Meilleure période | Fin juin-juillet |
| Niveau requis | Cycliste confirmé, à l'aise en descente |
| Budget indicatif / jour / pers. | ~100€ hébergement (à 2) + 35-40€ nourriture |
Cinq jours plus tôt, en sueur dans les lacets de la Colombière, la mer semblait à mille lieues. J’espère que ce récit vous donnera envie de la voir apparaître à votre tour, au sommet du col d’Èze. Profitez au maximum de chaque étape, et n’hésitez pas à partager votre propre expérience dans les commentaires 🙂