Le Sundgau, l'Alsace méconnue
Traces GPX à la fin de l’article
Quand on pense Alsace, on pense route des vins, Strasbourg, Colmar. Rarement au Sundgau. Pourtant, tout au sud du Haut-Rhin, collé à la Suisse, il y a un petit territoire qui a tout pour plaire quand on roule en gravel : des chemins blancs à perte de vue, des villages aux maisons à colombages, des départementales où l’on croise plus de tracteurs que de voitures.
Et tout autour, trois massifs qui ferment l’horizon : les Vosges, la Forêt-Noire côté allemand, et le Jura, dont la partie française porte ici un joli nom, le Jura alsacien.
Je suis partie deux jours faire le tour de ce coin largement sous-coté pour le gravel. Une boucle au départ de Ferrette, avec une incursion en Suisse, pas mal d’histoire et des villages à n’en plus finir. Je vous raconte.
L'itinéraire en bref
| Jour 1 | Jour 2 | |
|---|---|---|
| Étape | Ferrette > Hirsingue | Hirsingue > Ferrette |
| Distance | 90 km | 100 km |
| Dénivelé positif | 1 417 m | 1 442 m |
| Temps de roulage | 5h30 à 6h | 6h à 6h30 |
| Niveau | Pas technique, mais long | Pas technique, mais long |
Au total : environ 190 km et 2 860 m de dénivelé positif. Rien de technique, mais ça reste deux grosses journées en selle, surtout avec les sacoches. Le terrain alterne chemins blancs, pistes forestières et petites routes de campagne (même les départementales sont très calmes).
Avant même de partir : le château de Ferrette
S’il y a une chose à faire avant de donner le premier coup de pédale, c’est de monter au château de Ferrette. Les ruines de l’ancien château des comtes de Ferrette sont perchées au-dessus de la petite ville, et de là-haut tu as une vue à 360° sur tout ce qui t’attend.
Mon conseil : vas-y la veille au soir, au coucher du soleil. C’est la meilleure façon de se mettre dans l’ambiance.
Jour 1 : Ferrette > Hirsingue (90 km, 1 417 m D+)
Les premiers kilomètres se font sur la route, le temps de sortir de Ferrette. Rien de méchant, et très vite on bascule sur les chemins jusqu’au plan d’eau de Courtavon, très paisible le matin, on y croise des pêcheurs dans leurs tentes installées tout du long. La journée alterne ensuite entre petites routes de campagne où il ne passe personne et traversées de villages aux maisons à colombages. Pas technique du tout, mais c’est long, alors gère ton effort.
Le château du Morimont, premier spectacle d'histoire
Très vite, on aperçoit depuis les chemins les ruines du château du Morimont, entre Levoncourt et Oberlarg. Dès 1183, il contrôlait la haute vallée de la Largue. On peut monter jusqu’à son entrée, mais malheureusement le site est actuellement fermé au public pour travaux. Tu peux quand même faire le tour des ruines et jeter un œil à l’immense cave voûtée à travers les grilles.
Petite anecdote : c’est dans ces ruines qu’en 1826, des patriotes jurassiens ont fait le serment de libérer le Jura de la tutelle bernoise. Il aura fallu attendre plus de 150 ans pour que le canton du Jura voie le jour en Suisse.
En redescendant vers Oberlarg, petit aller-retour possible vers la source de la Largue et son gué.
La source de l'Ill
À Winkel, on passe par la source de l’Ill. Avec la Largue (qui finit d’ailleurs par s’y jeter, à Illfurth), c’est l’une des deux rivières principales du Sundgau. Et pas n’importe laquelle : l’Ill traverse toute l’Alsace sur environ 217 km, passe par Mulhouse et Strasbourg, puis rejoint le Rhin. Voir l’endroit où tout commence, dans une simple prairie au bord du village, c’est assez symbolique.
Petite incursion en Suisse et la grosse montée du week-end
Depuis Kiffis, on rejoint la Suisse. Et c’est là que nous attend la montée la plus longue de ces deux jours : environ 300 m de dénivelé au départ de Kleinlützel, jusqu’au col du Challpass. Pas très raide, sur une petite route ombragée et très calme. On monte à son rythme, tranquille.
Ensuite, descente sur Burg (Burg im Leimental, côté suisse), avec une superbe vue sur le château qui surplombe le village. Il date du Moyen Âge et il est toujours habité ! Pense à t’arrêter dans la descente, la vue vaut vraiment le coup. On continue encore un peu en Suisse avant de repasser la frontière.
Oltingue et son église au milieu des champs
En arrivant sur Oltingue, une petite route nous amène jusqu’à l’église Saint-Martin-des-Champs. Elle est posée là, en plein milieu des champs, à environ 500 m du village, entourée de son cimetière. Très atypique ! C’était l’ancienne église mère d’Oltingue et de plusieurs villages voisins.
Petite pause boulangerie à Oltingue pour recharger les batteries avant d’attaquer la fin d’étape.
Fin d'étape jusqu'à Hirsingue
La suite est assez fluide, avec quelques petites côtes par-ci par-là. On traverse encore de magnifiques villages typiques aux maisons à colombages comme Bouxwiller, Durmenach ou Illtal, puis on rejoint Hirsingue par les chemins et les petites routes.
Le soir, nuitée en chambre d’hôtes à l’Eichestuba et dîner au Petit Grain de Sel pour reprendre des forces avant de boucler la boucle le lendemain (bien penser à réserver).
Jour 2 : Hirsingue > Ferrette (100 km, 1 442 m D+)
Même recette que la veille : un mélange de chemins et de traversées de villages typiques alsaciens. C’est long (compte 6h à 6h30), mais toujours peu technique.
Altkirch et la côte du Roggenberg
On commence par Altkirch, la capitale du Sundgau. L’an prochain, du 24 au 27 juin 2027, la ville accueille les Championnats de France de cyclisme sur route, une première en Alsace. Et le juge de paix de la course en ligne, on le connaît déjà : la côte du Roggenberg, que les coureurs vont grimper plusieurs fois. Elle est courte, mais avec un passage à 18 %. Je te laisse imaginer en gravel avec les sacoches… pas le moment le plus facile du week-end !
Sur le chemin de la mémoire
Ensuite, on remonte le temps. On roule sur les traces des combats du 19 août 1914, au tout début de la Première Guerre mondiale. Il faut se rappeler qu’à l’époque, l’Alsace était allemande depuis 1871 : ces batailles avaient pour objectif de la reprendre. Des panneaux jalonnent le secteur et racontent l’histoire des hommes tombés ici.
Du côté d’Illfurth, on traverse une forêt parsemée de vestiges : bunkers, casemates et l’emplacement d’un grand canon allemand. On passe aussi près du cimetière militaire allemand d’Illfurth, où repose Albert Mayer, considéré comme le premier soldat allemand tombé durant la guerre, le 2 août 1914, avant même qu’elle soit officiellement déclarée.
Sur cette portion, j’étais comme seule au monde. Les chemins sont extra, il n’y a personne, et on roule au milieu de toute cette histoire. Un de mes moments préférés du tour.
Villages, couvent et petit port
On repart sur un enchaînement de villages alsaciens tous plus jolis les uns que les autres, comme Bellemagny et son grand couvent, berceau des Bénédictines adoratrices depuis 1851.
On reprend des forces à Dannemarie. En arrivant au village, on longe le canal du Rhône au Rhin et on passe à côté de son petit port de plaisance, avec sa guinguette au bord de l’eau. Ça change complètement de tout ce qu’on a vu jusqu’ici, et c’est un super spot pour une pause.
Gravier blanc et pays des étangs
La suite, c’est un nombre infini de pistes de gravier blanc. Le vrai paradis du gravel ! En chemin, arrêt photo à Saint-Ulrich devant son « chêne de la Liberté », planté en 1792 en pleine Révolution et labellisé Arbre remarquable de France.
On traverse ensuite le cœur du Sundgau, surnommé le Pays des Étangs pour ses centaines de plans d’eau. C’est d’ailleurs de là que vient la spécialité locale dont je te parle juste après.
Pour finir, on longe les contreforts du Jura par Koestlach et Vieux-Ferrette avant de retrouver Ferrette. La boucle est bouclée !
L'étape gourmande obligatoire : la carpe frite
On ne peut pas faire le tour du Sundgau sans goûter la carpe frite. Ce sont des morceaux de carpe des étangs du coin, enrobés de semoule et frits, servis avec des frites, de la mayonnaise et de la salade. Et traditionnellement, ça se mange avec les doigts ! C’est un peu le fish & chips alsacien, et après une journée de vélo, je te promets que c’est ultra réconfortant.
Infos pratiques
Dormir à Hirsingue : j’ai passé la nuit aux chambres d’hôtes Eichestuba, dans une maison alsacienne rénovée en plein cœur du village. L’adresse est labellisée Accueil Vélo et il y a un garage pour ranger les vélos. Seulement trois chambres, donc réserve bien à l’avance.
Dîner à Hirsingue : Le Petit Grain de Sel, à deux pas. Cuisine maison, petite salle conviviale, et parfait pour reprendre des forces. Attention, ce n’est pas ouvert tous les soirs (fermé le dimanche, et certains soirs de semaine) et il y a peu de couverts : appelle pour réserver avant de partir.
La frontière : on passe en Suisse le premier jour, pense à prendre ta carte d’identité. Et si tu comptes t’arrêter pour un café côté suisse, mieux vaut avoir quelques francs ou une carte bancaire.
Le ravito : les villages sont nombreux, mais petits. Profite des boulangeries quand tu en croises une (Oltingue le premier jour) et des guinguettes du canal le deuxième jour.
Les trace GPX :
Le Sundgau m’a vraiment surprise. Pas de grosse difficulté, pas de foule, juste des chemins magnifiques, des villages à colombages et une histoire qui se dévoile à chaque coup de pédale. Si tu cherches une idée de week-end gravel un peu hors des sentiers battus, fonce !